Activités culturelles

  • Conférence : "L'Union Européenne et la mer"

    L’Union Européenne et la Mer

    Superbe conférence !
     
    Tel est l’avis unanime de tous les sociétaires ravis d’avoir pu participer à la conférence donnée le 10 avril 2018, au cercle de la base de défense de Brest, par Annie Cudennec, professeure de droit public à l’Université de Bretagne Occidentale, à l’invitation de la section du Finistère nord de la SMLH. Conférence suivie de passionnants échanges entre la conférencière et plusieurs participants.
     
    Madame Cudennec, titulaire de la chaire européenne Jean Monnet dans le domaine du droit européen de la mer nous a montré comment l’Union Européenne (UE), au départ essentiellement mandatée par les Etats-membres pour veiller à la protection de l’environnement marin de l’espace littoral européen, est progressivement passée à une véritable politique européenne maritime intégrée.
     
    L’UE opère désormais via des « directives cadre », élaborées de concert avec les Etats-membres, et qui ont force de loi. Le lien entre les différentes directives est la protection de l’environnement et la mise en œuvre du développement durable, pour garantir la pérennité des ressources.
     
    Le propos d’Annie Cudennec est illustré de nombreux exemples : (1) interdiction actuelle de la pêche du bar par les amateurs pour le maintien des stocks, (2) actions à l’échelle de l’Europe pour la préservation du « bon état écologique » et de la biodiversité des eaux littorales, garantie de leur productivité sur le long terme, et (3) planification concertée pour un  usage équilibrée du milieu marin par les différents professionnels (marins-pêcheurs, aquaculteurs, producteurs d’énergies marines renouvelables, acteurs du tourisme, navigation sensu lato, défense nationale). Le lien sera ici utilement fait avec la conférence donnée l’an dernier par Jean Boucher, membre de la section du Finistère nord, sur les effets positifs de la Politique Communautaire des Pêches (section/activites-culturelles/conference-impacts-du-changement-climatique-sur-les-ressources).
     
    Mais la politique concertée des Etats-membres de l’UE va désormais bien au-delà du champ européen stricto sensu, par exemple en assurant de concert avec l’OTAN, l’action contre la piraterie en mer pour protéger les intérêts économiques européens, dans le cadre de FRONTEX (devenue une véritable Agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes), avec le succès que l’on sait dans l’océan Indien (174 attaques de pirates en 2010, 9 en 2015). L’action européenne concertée contre l’immigration illégale fait partie de ce dispositif. L’importance du phénomène migratoire vers l’Europe est bien connue : un million de migrants ont traversé la mer Méditerranée en 2015. Cette migration de grande ampleur a connu de tragiques épisodes en 2017 (3000 morts par naufrage).
     
    L’Union Européenne est devenue un acteur maritime majeur à l’échelle mondiale. Confrontée aux défis majeurs au 21ème siècle, elle entend mener ses actions pour garantir le bien-être des peuples de ses Etats-membres et au-delà de l’humanité.
     
    Paul Tréguer

  • Conférence : "Quelle énergie pour la Bretagne 2003 - 2017"

    Quelle énergie pour la Bretagne 2003 - 2017 ?


     
     
    Le 23 novembre 2017, au cercle de défense, Jean-Pierre Le Gorgeu, géophysicien de formation et particulièrement impliqué dans l’association « Sauvons le Climat » (www.sauvonsleclimat.org/fr/) dont plusieurs membres se sont opposés à l’implantation d’éoliennes dans le pays des abers, a présenté son analyse de la nouvelle donne en matière de politique énergétique de la Bretagne et au-delà. Une trentaine de sociétaires étaient présents. A l’issue de la conférence ils ont pu échanger avec le conférencier. Jean-Pierre Le Gorgeu a notamment procédé à une analyse critique du « pacte électrique breton » officialisé le 14 décembre 2010 après accord entre l'État, la Région Bretagne, l'ADEME, RTE et l'ANAH (Agence nationale de l'habitat). Ce pacte vise à apporter une réponse durable au défi de l'approvisionnement électrique de la Bretagne. En effet, à ce jour, environ 10% seulement de l'électricité consommée en Bretagne est produite dans la région. Ce pacte engage les co-signataires pour : (1) la maîtrise de la demande en électricité au niveau régional : il s’agit de diviser par 3 la progression de la demande en électricité d'ici 2020 en poursuivant la sensibilisation du grand public, en soutenant l'animation des politiques énergétiques sur les territoires, et en renforçant les dispositifs de rénovation thermique des logements,  (2) le déploiement massif de toutes les énergies renouvelables : l’objectif est de multiplier par 4 la puissance électrique renouvelable installée d'ici 2020, soit 3 600 MW,  (3) la sécurisation de l'approvisionnement grâce à un réseau de transport de l'électricité renforcé (avec l'implantation d'une unité de production électrique à l'ouest de la Bretagne, et l'intensification de l'expérimentation des réseaux électriques intelligents et du stockage de l'énergie). S’agissant des énergies renouvelables, le conférencier a confirmé que la production d’énergie éolienne et/ou solaire en Bretagne (comme ailleurs) est essentiellement intermittente. Comme, à son avis, (1) le stockage de l’électricité ainsi produite n’est pas au point ou trop onéreux et que (2) les transferts interrégionaux d’énergies renouvelables ne lui paraissent pas convaincants, il estime qu’il ne faut pas soutenir ce type d’investissements en Bretagne ou ailleurs. Il recommande de les orienter vers : la géothermie, l’isolation des logements, la mise en œuvre de transports plus économes, et le nucléaire (filière à neutrons rapides et petites unités de production très décentralisées) avec cogénération pour le chauffage. Cette conférence donne d’intéressants éléments de réflexion pour l’élaboration de la nécessaire transition énergétique, effort dans lequel la France s’inscrit désormais après l’engagement pris au niveau mondial à Paris, lors de la COP 21.
     
    Paul Tréguer

  • Conférence : "Des bruits sous la mer"

    Des bruits sous la mer


     
     
     
    Pierre Juhel, ancien élève de l’Ecole Supérieure du Pétrole, donnait une conférence au cercle de la base de défense, ce jeudi 19 octobre 2017, à l’invitation de la section 29N de la Société des Membres de la Légion.  Pierre Juhel est un écrivain prolifique qui, après une carrière consacrée à la recherche pétrolière dans un cadre océanographique, sait conter au public, avec grand talent,  l’histoire des sciences. De l’histoire de l’exploitation du pétrole, aux heurs et malheurs des navigateurs avant la découverte de la boussole, les ouvrages de cet auteur abondent, notamment publiés par les éditions Quae.  Sa conférence du 19 octobre portait sur l’histoire de l’acoustique sous-marine, titre d’un ouvrage publié en 2005. Lancée dès le 19ème siècle, notamment par le physicien suisse Jean-Daniel Colladon qui l’expérimenta dans le lac de Genève, cette discipline passe par une étape décisive au début du 20ème siècle avec la mise au point de l’ASDIC (Anti-Submarine Detection Investigation Committee) créé par le physicien français Pierre Langevin, en coopération avec l’ingénieur Constantin Chilowski, d’origine russe. A partir de la réflexion des ondes ultrasonores il s’agit de détecter sous-marins et mines. Testée au large de Toulon à bord du torpilleur « Orage », cette technique est l’ancêtre du SONAR (sound navigation and ranging), particulièrement développé pendant la deuxième guerre mondiale. Pendant la « guerre froide » qui l’a suivie l’on vit tous les chalutiers russes équipés de systèmes de détection acoustique, aptes non seulement à repérer les bancs de poissons mais aussi des objets métalliques...  Les techniques utilisées en acoustique sous-marine inspireront largement l’échographie médicale, de pratique courante aujourd’hui, et de façon plus générale l’exploration de la croûte terrestre au fond des océans par réfraction sismique. Les résultats des campagnes de sismique à l’échelle de l’océan mondial permettront au Glomar Challenger d’entreprendre, en nombre, des forages profonds océaniques jusqu’à 5-6 kilomètres de profondeur. 
     
    Paul Tréguer

  • Brest,ville américaine 1917 - 1919

    Brest, ville américaine 1917 - 1919

    Avec le soutien de la commission du centenaire et en coopération avec le Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques, à l’initiative de Pierre Lostis, la section du nord Finistère, organisait le 19 juin, à Brest, une « journée américaine ». Elle s’est tenue à la faculté des Lettres et Sciences Humaines, avec la participation d’une nombreuse assistance.
    « Journée américaine », le 19 juin 2017, organisée à Brest par la section du Finistère nord de la SMLH en coopération avec le Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques. A gauche : une nombreuse et très interactive assistance. A droite : la journée s’est terminée par un concert de jazz donné par le « Breiz Band » de Saint-Renan.
    La Grande Chancellerie était représentée par Tom Dutheil, attaché de conservation au Musée de la Légion d’Honneur et des ordres de chevalerie. Il a introduit cette journée par une superbe conférence sur « La Légion d’Honneur et les américains dans la Grande Guerre », rappelant qu’elle est la décoration la plus prestigieuse pour nos amis d’outre Atlantique. L’« American Society for the French Legion of Honor » sera lancée, dans les années 20, par William Franklin Paris. La création du musée de la Légion d’Honneur à Paris en 1925 sera possible grâce à la contribution de William Nelson Cromwell, l’un des principaux mécènes.
    Annette Becker, professeur à Paris-Nanterre, après avoir situé l’importance de l’intervention des Etats-Unis d’Amérique dans le conflit de la Grande Guerre (rappelant la célèbre phrase qu’aurait prononcé le général Pétain : « j’attends les chars et les Américains »), illustre de nombreux impacts sociaux et culturels de l’intervention américaine au niveau national. Philippe Gumplowicz, professeur à Ecole des hautes études en sciences sociales, nous a fait revivre le personnage pittoresque de James Reese Europe. Artiste de renom il est mobilisé comme lieutenant au sein du 369th Infantry Regiment. A la tête d’un « jazz band » de 44 musiciens noirs il débarque à Brest le 3 décembre 1917, avant de se produire à Nantes le 28 février 1918, au théâtre Graslin, suscitant l’enthousiasme d’un journaliste de « Ouest-éclair » qui qualifie le jazz de « forme d’art élevé » et de musique « ultramoderne ». Au son du ragtime les « Harlem Hell fighters » remonteront jusqu’au Rhin payant un lourd tribut à la Grande Guerre.
    De 1917 à 1919, le séjour ou le passage de 800 000 militaires américains allait profondément marquer la vie des habitants du port du Ponant (80 000 habitants), avec des conséquences positives sur le système de santé et d’alimentation en eau, sans compter les aménagements portuaires. Principalement installés au nord de la ville, dans le camp de Pontanezen, les militaires allaient éditer le « Pontanezen duckboard », véritable « canard » local, pour les
    annonces et les faits de la vie quotidienne, dont des extraits ont été lus (en anglais et en français) par David Michael Nelson, professeur émérite à l’Oregon State University.
    Un des moments forts de cette « journée américaine » a été la remarquable synthèse de Sébastien Carney (Université de Bretagne Occidentale) qui, à partir de l’extrait d’un film produit par l’armée des Etats-Unis (voir image ci-dessous) nous a fait prendre conscience du choc de civilisations qu’a représenté cette arrivée massive des troupes américaines.
    Portrait d’un jeune marin de l’US Navy au doigt sur la bouche : il vient subrepticement (car les militaires en service n’ont pas le droit de boire d’alcool) d’acheter une bouteille de cidre à une Brestoise qui, en costume d’époque, tient un « stand » de boissons. Une vraie rencontre de civilisations. Extrait de film, libre de droits, tourné par l'armée américaine, cette image est aimablement fournie par la Cinémathèque de Bretagne (Brest).
    Dans une liesse générale, une dynamique prestation jazz du « Breiz Band » de Saint-Renan a conclu cette journée, décidément plongée dans une ambiance nord-américaine.

  • Sortie annuelle de la section SMLH29n

    Plougastel insolite : Sous le signe du Patrimoine et de l'Economie.
    ​La sortie annuelle de la Section s'est déroulée le 01 Juin en presqu'île de Plougastel (PJ).
     

    « Plougastel insolite »
    sous le signe du Patrimoine et de l’Economie

    Photo de groupe devant le calvaire de PlougastelLe premier juin, la section du Finistère nord de la Société des membres de la Légion d’Honneur avait mis le cap sur la presqu’île de Plougastel. Cette presqu’île, dont le tracé a la forme du main droite renversée, est située à une dizaine de kilomètres au sud de Brest. Elle est célèbre pour la production de fraises sous serres, et en mer pour la collecte de coquilles Saint- Jacques. Mais, ce ne sont pas ces activités que nous sommes allés visiter au cours de notre sortie annuelle. Accueillie par deux talentueux sonneurs du bagad de Plougastel en costume traditionnel, une quarantaine de légionnaires et d’accompagnants sont allés à la recherche d’un « Plougastel insolite », sous la conduite de Marcelle Le Saint, présidente du comité de Daoulas, et d’Henri Turier, conférencier émérite.

    Le joyau du patrimoine de la presqu’île est incontestablement le majestueux calvaire situé au centre de la commune de Plougastel-Daoulas. Il fut bâti entre 1602 et 1604 en tant qu'ex-voto pour la cessation de l'épidémie de peste de 1598 et a été classé monument historique en 1891. Construit en kersantite, pierre localement abondante et facile à façonner, le monument supporte tout un aréopage de sculptures en granite breton qui ont traversé les siècles pratiquement intactes, illustrant pour les croyants et les pèlerins des épisodes majeurs de la Bible et de la vie du Christ. Le patrimoine de la presqu’île est riche de 8 chapelles ; les visiteurs ont particulièrement apprécié le calme et le recueillement de la chapelle de la « Fontaine Blanche », dans un cadre enchanteur où trône une admirable statue de la Vierge à l’Enfant, autrefois invoquée par les femmes désireuses de s’assurer une bonne grossesse et une bonne maternité.

    La société « Canopée » représente un excellent témoignage du dynamisme économique de la presqu’île. Créée par Colette et Dominique Barthélemy c’est une petite entreprise d’horticulture qui produit et vend à grande échelle des orchidées tropicales. Dans des serres reconstituant une atmosphère chaude et humide un festival de couleurs nous attendait. Nous avons été gagnés par la passion de Colette Barthélemy qui nous a initiés aux secrets de la culture de ces plantes fascinantes. Contribuant au rayonnement national et international de son entreprise, elle a su retrouver la technique d’une production en nombre des Disa uniflora, aériennes orchidées originaires de la montagne de la Table (Capetown, Afrique du Sud) dont la pratique s’était perdue en France après la première guerre mondiale.

    Sur la route nous n’avons pas manqué de faire escale au « mémorial Indochine-Corée », situé sur la commune de l’Hopital-Camfrout, au sud de Plougastel-Daoulas. Après nous avoir invités à observer une minute de silence en mémoire des 724 Finistériens morts pour la France pendant les guerres d'Indochine et de Corée, Jean Keromnès, ancien maire de la commune et président du mémorial, nous a raconté l’histoire de ce mémorial installé en 2005 grâce au soutien de plusieurs dizaines de communes de Bretagne.

    Abattu alors qu’il volait sur un "Privateer" quadrimoteur le 8 mai 1954 au-dessus de la cuvette de Dien Bien Phu (deux rescapés sur neuf hommes d’équipage) Jean Keromnès fut fait prisonnier et envoyé en camp de rééducation par le Viet Minh. Libéré et rapatrié après trois mois et demi de captivité, il est réintégré au sein de l’Aéronavale. Embarqué sur le porte- avions "Foch" il termine en 1968 sa carrière de marin. Il est Commandeur de la Légion d’Honneur, décoré de la Médaille militaire, titulaire de trois Croix de guerre (Indochine) et chevalier du Mérite maritime.
     

    Le 3 juin 2017 Paul Tréguer 

     

    Légionnaires et pélerins

    Plougastel, 1er juin 2017

    Pour leur sortie annuelle les membres de la SMLH du Finistère-nord ont été invités à un pèlerinage, le plus court des pèlerinages assurément puisqu’il s’est résumé à tourner autour des quatre faces d’un monument religieux emblématique de Plougastel : son calvaire. Simple ou historié tout calvaire est une stèle religieuse commémorant celui qui a été dressé à Jérusalem il y a deux mille ans pour la crucifixion du Christ. En Bretagne il est aussi la pièce maîtresse de ce qu’on appelle un « enclos paroissial ». Nous y reviendrons. Erigé en 1610 ce quadrilatère de granit, de grès et de Kersanton (pierre locale idéale pour la sculpture) présente sur sa plateforme et ses faces latérales 150 personnages animant 15 mises en scène illustrant autant de moments de la vie du Christ, notamment sa naissance et sa mort, célébrées par les deux plus grandes fêtes de l’année chrétienne : Noël et Pâques. Evoluant tel un poisson dans l’eau dans le patrimoine religieux de Plougastel, le guide de ce pèlerinage, Henri Jean Turier, bien connu de tous les légionnaires, s’est mué en prédicateur, détaillant et commentant chacune des 15 scènes de théâtre, emmenant son auditoire et ses musiciens d’une façade à l’autre.

    Musiciens ? Oui. Deux musiciens vêtus du costume traditionnel des habitants de Plougastel avaient tenu à s’associer à la quarantaine d’auditeurs-spectateurs. Toute se passe comme si leurs deux bombardes avaient fait écho aux deux trompes de chasse aux mains des soldats en costume d’Henri III au premier plan de la scène la plus spectaculaire de la « bande dessinée » de la façade sud. Deux soldats hilares et tapageurs dont le seul souci était de tourner en dérision la marche au supplice du condamné à mort le plus célèbre de l’histoire du monde.

     

    Vent nouveau

    Deux raisons d’être de ce calvaire explique le « prédicateur ». C’est d’abord un ex voto en remerciement à Dieu pour la fin d’une terrible épidémie de peste. Mais c’est surtout un appui visuel aux prédications orales lors des deux grandes fêtes nommées plus haut : Noël et Pâques. Des prédications tout à fait dans l’esprit du XVIIIème de la Réforme catholique, ou contre-réforme, instituée à l’issue du célèbre Concile de Trente, le plus révolutionnaire des conciles. La religion de la peur, peur du Jugement dernier et de la damnation, disparait. Nait la religion de l’amour et de l’humanisme, chers au philosophe Erasme et surtout au général et fondateur d’un nouvel ordre religieux, l’ordre des jésuites, Ignace de Loyola. Un vent nouveau commence à souffler. L’enseignement religieux est à l’honneur et fait feu de tout bois pour faire passer le message : « aime Dieu, aime ton prochain et aime toi toi-même » (charité bien ordonné...). Sans cette dernière recommandation les deux autres seraient lettre morte, n’est-il pas vrai ? Les quatre évangélistes accompagnés de leurs totems animaux ont été placés par l’« imagier » de 1610 aux quatre coins du monument, comme s’ils tenaient à garantir la bonne foi de l’orateur et la fidélité du texte. Mais ce même « imagier » s’est affranchi quelque peu de l’ordre chronologique dans sa bande dessinée, préférant sacrifier au symbolisme des images. Notre « prédicateur » improvisé du 1er juin 2017 fait de même. Place au premier et plus grand symbole dans toutes les religions : le soleil. Tous les calvaires sont orientés et leurs quatre façades, exposées aux quatre point cardinaux montrent des scènes en relation avec ces points. Mais H.J. Turier insiste sur un point qui lui tient à cœur. Le calvaire est avant tout la pièce maîtresse de l’enclos paroissial, cher au cœur de tous les Bretons. Qu’est-ce qu’un enclos ? Comme son nom l’indique un espace clos entourant un cimetière, même si celui-ci est désaffecté comme à Plougastel. Tous les Bretons ont le culte des morts (attention ! pas le culte de la mort). Et ce culte est, qu’on le veuille ou non, la base de toutes les religions. Et en point d’orgue de ce pèlerinage un hymne à la Bretagne par un de ses plus grands poètes, Xavier Grall :

    1er juin 2017. H.J.T 

  • Conférence : "Impacts du changement climatique sur les ressources halieutiques bretonnes"

    Conférence de Jean Boucher sur les impacts du changement climatique sur les ressources halieutiques en Bretagne et dans l’Atlantique du Nord Est.
     
    Le 19 avril 2017, un mercredi, une fois n’est pas coutume, devant une assistance nombreuse et captivée, M. Jean Boucher, membre de la SMLH29N, donnait une conférence au cercle de défense sur les impacts du changement climatique sur les ressources halieutiques.

    En guise d’introduction le président a rappelé l’éminent parcours de ce chercheur du CNEXO devenu IFREMER. Arrivé à Brest en 1969, Jean Boucher a d’abord travaillé sur les systèmes de remontées d’eau profonde (upwelling) qui supportent une riche pêcherie de poissons pélagiques (sardines, …) au large du Maroc, puis sur la coquille Saint-Jacques, notamment en baie de Saint-Brieuc, avant de s’illustrer dans le « grand défi » de l’IFREMER sur les impacts du changement climatique sur les ressources halieutiques du Golfe de Gascogne.

    Pendant plusieurs décennies plusieurs pêcheries de poissons pélagiques de l’Atlantique Nord (cabillauds, harengs, …) ont décliné sous le double effet de la surexploitation et du changement climatique. Le conférencier a illustré les effets positifs de l’action pluridécennale de  l’Union Européenne à travers la Politique Communautaire des Pêches (PCP). S’appuyant sur les travaux des scientifiques et en dialoguant avec les représentants des pêcheurs, l’Europe a convaincu ces derniers de la nécessité de réguler l’effort de pêche pour garantir une ressource durable de plusieurs espèces emblématiques. La réussite de la PCP est due à la volonté commune des acteurs, et à l'acceptation des coûts et des contraintes.

    Il a aussi illustré les raisons pour lesquelles les collectes de coquilles Saint-Jacques se sont effondrées en rade de Brest, en conséquence d’un hiver 1962-63 particulièrement rigoureux (la mer gelait en rade de Brest !) dans une période où, après la deuxième guerre mondiale, la stock était déjà sévèrement exploité. Les fonds de la rade sont désormais envahis par la crépidule, mollusque amené en France avec les barges de débarquement de la deuxième guerre mondiale. Cette espèce invasive est peu appréciée des consommateurs Européens, sauf peut-être des Espagnols. Le conférencier a également illustré l’impact des panaches fluviaux de la Loire et même de la Gironde, au moment des crues, sur l’ensemble des ressources du Golfe de Gascogne, mais aussi de l’Iroise, et jusqu’en Manche Occidentale.

    Des coquilles et des hommes
     
    Les légionnaires et sympathisants de la SMLH29N eussent pu ce 19 avril au soir avec un peu d’imagination se croire sur le marché de Provence chanté par G. BECAUT, à la gloire de je ne sais combien de fruits, de légumes, de poissons, de crustacés en voyant défiler non pas sur un étal du Vieux Port mais sur un écran de l’espace Océan du Cercle de la base de Défense rue Yves Collet à Brest une longue liste de poissons de toutes les couleurs : églefins, lieus, soles, harengs, merlus, …bref, vous avez compris, tout un lot de « ressources halieutiques ». Pardon ! En langage de tous les jours « de produits de la mer ». Ceux-ci ne sont pas inépuisables. Au contraire ! Ils sont pour la plupart en voie de disparition. En appui de son exposé savant le conférencier, M. BOUCHER, grande pointure d’IFREMER projette de nombreux graphiques, courbes, statistiques imagées, visualisant l’état actuel des ressources en question : ascension des niveaux, descentes, dégringolades. Regains d’espoir et puis menaces catastrophiques comme le montrent ces éclairs zébrant ces graphiques, dont certains plongeant presque vers la ligne horizontale du zéro en abscisse. Dieu merci M. BOUCHER ne veut pas jouer les Cassandre, ou alors une Cassandre souriante, soucieuse de maintenir dans ses prédictions un juste milieu entre l’enthousiasme et la peur. Il a l’art de tempérer des propos trop alarmistes par son humour, qui est comme le disait un jour une autre grande pointure dans la science des océans, mais aussi un philosophe et un poète, M. Yves La Prairie, père fondateur d’IFREMER… « l’humour c’est du beurre sur le pain sec de l’humanité ».
    Qui tient les hauts tient les bas
    On vient de parler de cuisine. On a parlé aussi ce 19 avril, et toujours à propos des ressources halieutiques et du changement climatique. Tous les auditeurs ont apprécié les longs coups de projecteurs sur deux produits de la mer pas comme les autres, et bien de chez nous. L’un s’est taillé jusqu’à maintenant la part du lion dans les coquillages. L’autre est en train de le faire. Le premier occupe la moitié du blason municipal de PLOUGASTEL et, élevons le débat, ses lettres de noblesses sont inégalées. Ne figurait-il pas sur la pèlerine des pieux marcheurs se rendant à Compostelle ? Vous avez reconnu la coquille Saint Jacques, en français du dimanche le « pecten » ou « peigne ». Un adage bien connu de tous les militaires, depuis qu’il y a des hommes et qui se battent, veut que « Qui tient les hauts tient les bas ». Vrai de tous les combats sur terre. En mer c’est autre chose, c’est même le contraire, du moins dans notre rade. Le « pecten » en est la preuve. Il vient d’être dominé par un deuxième coquillage, la crépidule. Une déferlante de ces « fruits de mer » est venu tapisser le fond de la rade et empêche ce faisant notre Saint Jacques de s’ensabler, ce qui lui est indispensable pour vivre. Le voilà pris au piège, tel un renard qui trouve son terrier bouché. Que faire ? On a tout essayé. Quelques restaurateurs ont tenté de le proposer aux clients, arguant qu’il est comestible at aurait un peu le gout du « brennik » cher à nos ancêtres. Certes tous deux sont comestibles. Mais on hésiterait à les faire figurer dans un repas de communion, n’est-ce pas ? Sceptiques ou non les auditeurs de cette excellente prestations ont applaudi Monsieur BOUCHER, collègue de leur président qui plus est, et le remerciant de leur avoir fait profiter de cet éclairage insolite sur les changements climatiques qui les attendent. Bravo Monsieur BOUCHER.
     
    H.J. TURIER

     
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  • 1916 DOUAUMONT est la mémoire de la Bataille de Verdun

    Voici l’année terrible . La souffrance inégalée des Poilus et leur mort transfigurée sur des lieux de mémoire de la région de Meuse,  là où dans le « Hachoir », l’on s'est tué à distance, sans jamais se voir. Voilà comment l'homme d'hier, pour celui d'aujourd'hui a fait graver la "faucheuse" dans la pierre marquée du sceau de Douaumont. Voici  ce qui me fera vous dire que : Douaumont est la mémoire de Verdun.

    Conférence du jeudi 13 octobre 2016 à Brest soutenue par un diaporama animé de vues sculpturales, picturales et de plans. Présentée par Guy Crissin

              

  • Conférence : "Le profil des criminels"

    Le Jeudi 08 Décembre Mme Isabelle Turier a présenté une conférence consacrée au profil des criminels, particulièrement centrée sur les tueurs de l'extrême (terroristes, tueurs en série, dictateurs).
    Un pot de l'amitié a ensuite réuni les membres de la section et leurs invités.

     
                                                           "Dans la vie rien n'est à craindre, tout est à comprendre…"

                                                                                                                                        Marie Curie
     

    Pour la majorité des gens "Profil" est un mot français banal désignant le contour d'un homme ou d'un objet, sa silhouette, vue de côté. Les temps modernes lui ont trouvé un tout autre sens, passablement galvaudé par des séries américaines à la télévision.

    Les trente et quelques membres de la SMLH 29N et sympathisants, lui ont donné une autre signification depuis la conférence du 8 décembre 2016 au COM de Brest;et c'est à Mme Isabelle TURIER qu'ils le doivent. Elle nous a appris qu'il y a aussi des profils psychologiques, sexologiques et criminels. Mme Isabelle TURIER est experte en la matière puisqu'elle est psychologue, sexologue, criminologue, et qu'elle a puisé dans une prestigieuse bibliographie.

    Le "profilage", ou analyse sérielle, est la construction virtuelle d'un profil de triple nature, comme il est dit plus haut. C'est un outil d'enquête moderne qui, comme tout ce qui est moderne, divise déjà les chercheurs. Il y a la méthode inductive et la méthode déductive.

    La première est l'apanage des enquêteurs travaillant dans le domaine judiciaire (et notamment le FBI),elle met en avant les toutes puissantes statistiques.

    Ce n'est pas bien entendu celle qu'a choisi l'oratrice, qui privilégie la méthode de l'analyse personnalisée des fantasmes des présumés auteurs terroristes, tueurs en série et dictateurs.

     

    LE COMMENT & LE POURQUOI ?

     

    On aurait pu craindre que les auditeurs et auditrices, peu familiarisés avec ces termes d'une haute technicité, eussent trouvé ardu cet exposé. Pas du tout! Le talent oratoire de Mme Turier et sa façon constante de se mettre à leur portée, les a tenus en haleine tout au long. La déduction, c'est "l'art de se mettre dans la tête du tueur", du tueur de l'extrême. A la place du « comment", le "pourquoi".

    Comme l'a dit Marie Curie: "Dans la vie rien n'est à craindre, tout est à comprendre."

    La "déduction" donne la préférence au "mode opératoire" et à la fameuse "signature", qui est le sésame de l'étude des crimes. La conférence portait sur un triptyque : "terroristes, tueurs en série et dictateurs". D'entrée de jeu, voici le profil d'un des plus célèbres et présumé tueur de l'extrême, on ne peut plus d'actualité: Salah Abdelslam, détenu à Fleury-Mérogis. Si ce prisonnier est actuellement le plus célèbre d'Europe, il est aussi le plus secret, le plus silencieux et le plus énigmatique. Il ne dira plus rien Salah Abdelslam, il s'est retranché derrière le silence face aux juges d'instruction du pôle anti-terroriste de Paris. Quant à ses avocats ils ont renoncé à défendre leur client qui s'est muré dans le silence. En fait ce jeune homme est le seul des "martyrs" de Daesh à ne pas s'être sacrifié à sa cause, une cause pour laquelle tous ses "frères d'arme & de sang" ont été heureux de mourir. Les trente et quelques auditeurs ont eu la chance d'être aussi des spectateurs. On écoute et on voit. Et ce qu'on voit frappe l'imagination. Personne n'oubliera, rangées en ordre de bataille les six femmes drapées et masquées de noir, brandissant l'étendard de la révolte sous la forme d'une Kalachnikov, aux antipodes de leurs consoeurs du Moyen & du Proche Orient, soumises, asexuées, "éternelles mineures", dans un monde de mâles dominants. Autre image dérogeant aux valeurs et aux coutumes du "Vrai" Islam: le drapeau de Daesh, noir & blanc. Pas de croissant de lune, qui est à la religion du Prophète ce qu'est la croix aux chrétiens.

     

    VAN GOGH & SON AUTO-PORTRAIT?

     

    Deuxième volet du triptyque, après les terroristes, les tueurs en série (serial killers dans la langue de Shakespeare). Après les civils, les militaires, et des militaires de haut niveau! Jugez. Voici le général  nazi Tanz, immortalisé dans le film "La nuit des généraux" par Peter O'Toole. Il ne supporte pas son reflet dans le miroir, victime du "syndrome de Stendhal" il entre dans le tableau artistique comme dans une glace. Il s'identifie à l'auto portrait du grand peintre.

    C'est même durant tout le film, sa seule minute d'humanité ,dans son parcours de tueur invétéré. Il fait voler en éclat le "miroir". Comme bon nombre de tueurs en série réels, il tue son reflet haï dans le miroir et agit inconsciemment en matricide déplacé. Pas général de fiction celui-ci, mais colonel réel des forces armées canadiennes : DRW (David Russel Williams);un colonel au profil séduisant.

    Qui eût cru que ce bel homme, à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession, choisi par sa gracieuse Majesté la reine Élisabeth pour la piloter en avion, ait pu à huis clos le soir venu, se métamorphoser en violeur, étrangleur et tueur? Dr Jekyl & M Hyde! Les profileurs voient de tout,

    c'est le cas de le dire.

     

    LE CULTE DE LA PERSONNALITÉ?

     

    Enfin, "last not least" (dernier mais non moindre) la brochette des quatre dictateurs du XXème siècle: Staline, Hitler, Mussolini et Mao. Là aussi il faut les comprendre avant de les condamner.

    "On ne nait pas dictateur, tueur en série ou terroriste; on le devient." répète à plusieurs reprises la conférencière. Ces homme à profil de "monstre" sont le fruit d'un environnement familial, social et politique hors du commun. On resterait des heures à écouter l'oratrice qui a fait naître au cours de cet entretien trop court, un intérêt constant, surprenant pour un sujet des plus originaux, il faut l'avouer. Les nombreuses questions qui ont émaillé la causerie en sont la preuve. Questions auxquelles elle a su répondre de bonne grâce. Bravo Madame Isabelle TURIER.

    Nos applaudissements sont mérités pour l'auteur de cette remarquable prestation, et c'est de tout coeur que nous levons nos coupes en cette fin d'année, à la santé des présents, à la mémoire des absents et à la longue vie de la SMLH 29.

     

    Henri-Jean TURIER ,15 décembre 2016.

  • Pointe de Saint Mathieu « Est vrai ce que je crois vrai »

    -« Connaissez-vous la « gwerz » de Saint Mathieu demande leur guide aux 40 et quelques sociétaires et sympathisants de la SMLH29N qui s’étaient réunis pour leur sortie annuelle à la Pointe Saint Mathieu ? »
    Aucun ne connaissait et pour cause ce qu’est une « gwerz ». C’est un mot breton intraduisible.
    On peut le rendre approximativement par complainte, récit légendaire, merveilleux. Invérifiable, mais qu’importe, « est vrai ce que je crois vrai » dit un proverbe mandarin. Vous vous direz peut-être que l’apôtre et le premier des 4 évangélistes n’a jamais mis les pieds sur cette « pointe Saint Mathieu ». Il a fait mieux il y a mis sa tête, son « chef » comme on disait naguère. En breton on dit « Loc Maze pen ar bed », mot-à-mot Saint Mathieu Bout du Monde (en non fin du monde comme le prétende ceux qui ont créé les départements français.) Oyez plutôt cette « gwerz ».
     
    Il y a saint et saint
    En ce temps-là naviguait toutes voiles dehors une barque en bois lestée d’une grosse pierre, pas tellement différente à tout prendre de celles qui quelques siècles plus tôt firent passer les peuplades d’Outre-Manche en presqu’île armoricaine et lui ont donné le nom de « Petite Bretagne ». Parmi ces émigrés la plupart de nos saints, immortalisés par les noms de tant de nos paroisses, nos PLOU, nos GUI, nos TRE, nos LOC, d’où notre « LOC MAZE ». Mazé ou Mathieu n’est pas un saint breton mais on l’a bretonnisé. Notre bateau ne naviguait pas entre les deux Bretagnes mais dans la « Grande Mer » (« Ar Mor braz ») comme on appelait souvent l’Océan Atlantique. A son bord six hommes, dont le patron et un jeune mousse. Ce dernier était chargé d’observer la route, l’autre tenait la barre. En apparence tout au moins. Une puissance supérieure était avec lui. En tout cas elle filait bon train la barque, cap plein Sud, longeant à bâbord toute le littoral de France, de Galice, de Portugal jusqu’à la « Grande Porte » -Pardon ! Oui les « Colonnes d’Hercule » de l’Antiquité gréco-romaine, la Gibraltar des Conquérants arabes. Et là on vire de bord. Cap au Levant…En avant, toute, dans la « Petite mer » mer sans marées mais non pas sans tempêtes.
     
    Ce n’était qu’un rêve
    Et en effet une tourmente d’une rare violence va mettre en triste état la barque armoricaine. Dieu ne les aidait donc plus ? Si mais ses voies sont insondables.
    Toujours est-il que le bateau, drossé par les courants aborde dans un port d’Egypte dans un état lamentable, ses voiles en lambeaux, incapable de reprendre la mer si même cela pourra se faire Dieu seul le sait. Comment réparer de tels dommages. Du bois, du goudron, on en trouvera toujours, à Alexandrie, leur débarcadère, comme dans n’importe quel port, mais le chanvre, la toile c’est une autre affaire. Au matin du troisième jour que virent-ils nos six navigateurs ? Largement étalée sur l’arrière de la barque, la voile, la grand-voile qui n’était plus déchirée, mais réparée. Vous avez bien entendu : « réparée ».
    Ce miracle avait été précédé d’un rêve, le même rêve pour les 6 marins : un homme, la tête auréolée de lumière. Mathieu qu’il s’appelait. Dans ses mains un grand coffret de cuivre ou d’or, précieux assurément. Il s’adresse à chacun d’eux.
    -« Je suis Mathieu, c’est en Egypte que j’ai trouvé la mort. On m’a décapité et mon corps a été enterré pas loin d’ici. Mais je ne veux pas rester dans ce pays d’Infidèles. Vous venez d’une terre de prêtres et de saints. Amenez-moi chez vous, là où se trouve la dernière demeure de ces bons chrétiens. Quand vous vous réveillerez vous trouverez le coffret de ma dépouille et une voile réparée. Bon vent ! Que Dieu vous garde. »

    Un rocher droit devant
    Sitôt dit, sitôt fait. Chargé d’une si noble mission le patron et ses 5 hommes ne tardent pas à embarquer, à virer de bord, à mettre à la voile, une belle voile toute neuve et à rebrousser chemin. Les vents redeviennent favorables. La navigation de retour est rapide, le ciel est avec eux. Très vite apparaît dans le lointain quelque chose qui ressemblait à leur terre d’Armorique, la terre de leurs saints, précédés de récifs qui leur étaient familiers. Mais soudain leur barque semble courir à sa perte. Un cri du mousse se fait entendre - « Attention patron ! Vite, vite, la barre à gauche. Un rocher droit devant. » Encore un miracle. Tel Moïse devant les flots de la Mer Rouge, le bateau fend la masse rocheuse. Deux moitiés, une à bâbord, l’autre à tribord. Le patron ne perd pas son sang-froid. –« Vite, petit, prend la boite qui est à l’arrière, c’est un reliquaire tu le sais, et va au plus vite la poser tout en haut de la falaise à tribord dans la chapelle. On la voit d’ici. »
    Tout est bien qui finit bien. Attendez ! Ce n’est pas fini. Les nouvelles vont vite. Afin de rendre hommage à ce « chef » apostolique aboutissement de ce transfert quasi féérique les curieux accourent. Et pas seulement les petites gens. Le roi de Bretagne (En ce temps-là il n’y avait pas encore de ducs) le roi Salomon vient à la Pointe, baptisée Pointe Saint Mathieu  (Salomon pour un bretonnant c’est Salaün)). Pour ne pas être en reste l’évêque du Léon, Paul, fit de même. On décida de fonder un monastère. Les reliques fournissent à tous les monastères une renommée toujours plus grande. Et le monastère devient abbaye et son premier abbé fut saint Tanguy. Comme autant de fleurons à une couronne dix prieurés vinrent entourer le haut lieu. Fin de la « gwerz »
     
    Grandeur et décadence
    Aujourd’hui, qui dira le contraire, le nom de « Saint Mathieu » n’évoque plus qu’une entité géographique, une pointe, voire un cap, un promontoire. Que s’est-il passé ? L’illustration de l’adage antique : la roche tarpéienne est près du Capitole. L’histoire de l’abbaye du Bout du Monde ne fut pas aussi heureuse que celle de la « translation » du « chef » de son saint patron. Pour 2 raison. La première est évidente : la mauvaise action de nos voisins de Bretagne la Grande acharnés depuis Aliénor d’Aquitaine à confisquer notre presqu’île armoricaine. Ils resteront nos mortels ennemis jusqu’à l’Entente Cordiale. C’est à eux que l’on doit la transformation du saint lieu en un champ de ruines. La seconde raison est plus étrange mais est bien connue des amateurs d’histoire des religions. Les vents tournent là aussi, comme sur les océans. Sous l’influence du tout puissant Concile de Trente, à la fin du moyen âge, le culte des reliques n’était plus de mode. La Réforme Catholique, ou Contre-Réforme du XVIe siècle a mis à l’honneur et véritablement sublimé la dévotion à la Vierge Marie. Que pèsent les 12 apôtres, qui sont pourtant les piliers de l’Eglise, à côté de la Reine des cieux, qui est aussi la Reine de la Paix, et surtout la Reine de l’Arvor, voire mère des Bretons à côté de sainte Anne leur grand-mère ?
    Le pèlerinage au Folgoët, à Rumengol, à Lourdes ont détrôné à jamais ceux de Saint Mathieu. Adieu moines de Saint Mathieu
     
    Requiem
    La présence des moines manque maintenant à ce paysage sublime. En passant devant les ruines sévères on ne peut qu’emboiter le pas à Emile Souvestre et dire comme lui que leur présence manque, et dire qu’on regrette de ne plus voir quand la nuit descend sur la mer, et que le vent d’Ouest souffle dans l’abbaye désolée, de ne plus voir le feu tremblant des cierges brûler à travers les vitraux coloriés de l’Eglise  et de ne pas entendre les hymnes saintes s’élever tout à coup entre les soupirs de la mer qui bat le promontoire.
     
    Brest le 29 mai 2016.                                                                                               H.J. Turier

  • Au bout du monde, sous le signe de l’Histoire et de la Mémoire

    Le 26 mai, la section du Finistère nord de la Société des membres de la Légion d’Honneur avait mis le cap à l’ouest. Sa sortie annuelle s’est tenue au bout du monde (Pen ar Bed), sous le signe de l’Histoire et de la Mémoire, au fort de Bertheaume, entre les pierres de l’abbaye de Saint-Mathieu, avant de s’achever par une cérémonie au mémorial « Aux Marins ».
    Alain Boulaire, expert de l’Histoire du 18ème siècle et plus particulièrement de celle de la marine et du pays de Brest, a entrainé à sa suite une quarantaine de légionnaires. Sous un ciel lumineux ils ont vu défiler les escales navales anglaises tirant des bords dans le vestibule du goulet de Brest pour tenter de bloquer la sortie des navires de la duchesse de Bretagne, des rois de France, puis de la République Française. Certains nous assurent qu’ils ont vu plonger le sous-marin de Fulton, dans une ultime tentative pour convaincre le premier consul Bonaparte d’utiliser un moyen naval inédit pour aller torpiller les britanniques. Forteresse bâtie sur une île, rendu célèbre par la bande dessinée « L’Epervier » de Patrice Pellerin, Bertheaume a longtemps représenté un lieu stratégique, renforcé par Colbert et plus récemment par les allemands au cours de la deuxième guerre mondiale. Sous la conduite de Michel Ferrane, président de l’AGASM et d’un musée extraordinaire, les légionnaires ont ensuite pu plonger à bord de sous-marins d’hier et d’aujourd’hui, avec les hommes du Narval puis des SNLE Redoutable et Triomphant. Une équipe de bénévoles a témoigné de la chaleureuse ambiance et de l’esprit solidaire qui règne dans des espaces confinés où le silence est la règle absolue, pour mieux écouter les bruits de l’océan et des hélices hostiles.
    De Bertheaume à Saint-Mathieu,  il n’y a qu’un pas. Au pied d’un phare au sommet écarlate, se dressent les ruines d’une abbaye construite au 12ème siècle, dont les murs élancés et les piliers sculptés témoignent de l’intense activité qui régna dans cette bourgade du bout monde, face à l’Océan Atlantique.
    De l’abbaye, le chemin côtier passe au pied d’un sémaphore qui surveille l’intense trafic qui, via le rail d’Ouessant, accède à la Manche et la mer du Nord. De là les légionnaires sont parvenus au mémorial national des marins morts pour la France. Ils ont participé à la cérémonie organisée de concert par notre section et par l’association « Aux Marins », présidée par Pierre Léaustic, officier général de la Marine (2 s), assisté d’un équipage au dynamisme tout à fait remarquable. Après un dépôt de gerbes, les légionnaires sont descendus dans la cénotaphe. Après que Paul Tréguer, président de section, ait ranimé la flamme de la Nation, Henri Pellé et Marcelle Le Saint ont rendu hommage à trois marins morts pour la France : Joseph Michel Jourden (résistant tué en 1944), Louis Yves Marie Kerros (disparu en mer en 1943) et Yves Jean Le Dreff (porté disparu en 1942), dont les photographies ont été dévoilées par les familles des morts pour la France.
    Moments d’émotion, de partage et de chants.
     
    Le 26 mai 2016                                                                                                        Paul Tréguer


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